« Suis-je sous l'emprise d'une personne toxique ? »
- 27 avr.
- 4 min de lecture
Vous rentrez d'un repas de famille, d'un déjeuner avec un·e ami·e, d'une conversation avec votre partenaire… et vous vous sentez vidé. Pas fatigué·e de façon normale. Comme si quelqu'un avait appuyé sur un bouton et aspiré toute votre énergie.
Vous vous demandez si vous avez dit quelque chose de travers. Vous repassez la conversation dans votre tête. Vous vous excusez mentalement pour des choses dont vous n'êtes pas sûr·e d'être responsable.
Et pourtant, vous n'arrivez pas à mettre le doigt dessus parce que cette personne n'a rien fait de « grave ». Rien qu'on puisse montrer du doigt. Rien qu'on puisse expliquer sans avoir l'air excessif.
C'est souvent comme ça que ça commence.
Ce qu'on appelle une personne toxique
Le mot « toxique » est devenu courant, parfois galvaudé. Mais derrière lui, il y a une réalité très concrète : une relation qui vous épuise, vous diminue, vous fait douter de vous-même, et dont vous sortez systématiquement moins bien que vous n'y êtes entré.
Une personne toxique n'est pas forcément une personne mauvaise. Elle peut être votre mère, votre meilleur(e) ami(e), votre collègue ou votre partenaire. Elle peut vous aimer, à sa faço et pourtant, quelque chose dans la dynamique entre vous vous abîme progressivement.
Ce qui caractérise ces relations, c'est rarement un seul geste violent ou évident. C'est une accumulation de petites choses, subtiles, qui s'installent si progressivement qu'on finit par croire que c'est normal, que c'est nous le problème.
Les signes qui ne trompent pas
Vous doutez de vous-même de façon chronique. Vous aviez une opinion, une certitude, un ressenti et après un échange avec cette personne, vous n'en êtes plus sûr. Vous remettez en question votre perception, votre mémoire, votre jugement. On appelle ça le gaslighting : l'art de faire douter quelqu'un de sa propre réalité.
Vous vous sentez toujours responsable de son humeur. Quand elle va mal, c'est de votre faute. Quand elle va bien, vous soufflez. Vous êtes constamment en train de surveiller ses signaux, d'anticiper ses réactions, de vous adapter pour éviter les explosions ou les silences punis.
Vous marchez sur des œufs. Vous pesez chaque mot avant de parler. Vous évitez certains sujets. Vous adaptez votre comportement, vos opinions pour ne pas déclencher quelque chose. Vous avez appris à vous faire petit.
Vous vous justifiez en permanence. Vos choix, vos envies, vos besoins : tout doit être expliqué, défendu, argumenté et même quand vous le faites, ce n'est jamais suffisant. Vous finissez par vous sentir toujours en faute, toujours trop ou pas assez.
Vous vous isolez progressivement peut-être que cette personne émet des critiques sur vos proches, peut-être qu'elle accapare tellement votre énergie que vous n'avez plus rien à donner aux autres. Peu à peu, votre cercle se rétrécit.
Vous vous perdez vous-même. Vos envies, vos projets, vos passions s'effacent. Vous ne savez plus vraiment ce que vous aimez, ce que vous voulez, qui vous êtes en dehors de cette relation.
Pourquoi on reste
Parce que ce n'est pas si simple. On reste parce que :
On aime cette personne, malgré tout
On a peur de sa réaction si on s'éloigne
On espère que ça va changer
On se dit que c'est peut-être nous le problème
On n'a pas de preuve suffisamment grave pour partir
Ces relations créent souvent une forme de dépendance émotionnelle : des moments de chaleur, de complicité, de tendresse qui font croire que c'est possible
Ce que ça fait au corps
Ce qu'on oublie souvent, c'est que ces dynamiques ne restent pas dans la tête. Elles s'impriment dans le corps.
Tension permanente dans les épaules, mâchoire serrée, ventre noué avant chaque interaction, troubles du sommeil, fatigue chronique, système immunitaire affaibli. Le corps garde la trace de ce que le mental essaie de minimiser.
C'est souvent par le corps que la prise de conscience commence. Un jour, quelque chose dit non. Pas la tête, qui trouve encore des excuses mais le corps, qui n'en peut plus.
Par où commencer
Reconnaître qu'une relation vous abîme est déjà un acte de courage énorme. Surtout quand on a été conditionné à croire que c'est normal, que c'est de sa faute, qu'on exagère.
Quelques premières pistes :
Nommer ce que vous ressentez, pas ce que l'autre a objectivement fait. « Je me sens diminué, épuisé, invisible » : c'est une réalité, même sans preuve tangible.
Reprendre contact avec vos propres besoins : qu'est-ce qui vous ferait du bien, indépendamment de l'autre ?
Observer votre corps : comment vous sentez-vous avant, pendant et après vos interactions avec cette personne ? Le corps ne ment pas.
Parler à quelqu'un de confiance, pour sortir de l'isolement et retrouver une perception extérieure bienveillante.
Et si le corps pouvait enfin déposer tout ça ?
Quand on commence à voir une relation pour ce qu'elle est, le travail ne s'arrête pas à la prise de conscience. Il y a tout ce qui s'est accumulé dans le corps et dans le système émotionnel : la peur, la honte, la colère, le deuil, la reconstruction de l'estime de soi.
C'est un chemin et ce chemin, on n'a pas à le faire seul.
En séance, on peut venir écouter ce que le corps a porté en silence, libérer les couches émotionnelles une par une, retrouver peu à peu le fil de qui on est vraiment, en dehors du regard de l'autre sans se presser à son rythme.



